Carnet de restitution - Faire de l’eau une ressource

publié le 7 décembre 2020 (modifié le 5 juillet 2021)

FAIRE DE L’EAU UNE RESSOURCE POUR L’AMENAGEMENT

Préserver la ressource, faire évoluer les modèles de l’aménagement et les usages tels étaient les paris inscrits dans la session 2017-2019 de l’Atelier des territoires lancée par la Direction générale de l’Aménagement, du Logement, et de la Nature (DGALN) en partenariat avec les Agences et Offices de l’eau et le CEPRI.
Cinq sites métropolitains et un territoire ultramarin ont chacun pu bénéficier de l’accompagnement d’une équipe pluridisciplinaire de haut niveau et des services déconcentrés de l’État pour mettre en place une stratégie territoriale à leur échelle. Le retour d’expérience des ateliers met en évidence les atouts des territoires confrontés à des problématiques variées, liées à la qualité et/ou la quantité de la ressource en eau, à la solidarité amont-aval ou rural-urbain, aux conflits d’usages spécifiques sur la ressource, à l’imperméabilisation à grande échelle...
A partir d’une grande diversité de situations, les acteurs locaux ont coproduit des pistes concrètes et pédagogiques visant à préserver et à valoriser la ressource eau et les milieux vivants dans les stratégies d’aménagement, à différentes échelles (une rivière, une crique, l’eau de pluie, l’eau des champs, etc.). Ces travaux ont été restitués et mis en débat par les acteurs qui se sont impliqués dans la démarche lors de la rencontre nationale de l’Atelier des territoires, qui s’est tenue le 20 octobre 2020 à la Maison des Métallos, à Paris et à laquelle ont participé 80 personnes environ.
Cette session a révélé des liens entre l’eau et l’espace habité, aux dires et logiques des parties prenantes : les acteurs économiques et habitants, les collectivités, les agences de l’eau, les services déconcentrés de l’État et une équipe pluridisciplinaire pilotées par des urbanistes ou paysagistes. Tous les ateliers restitués se sont déroulés in situ et in vivo, au contact de géographies, de paysages et de récits de territoires. Différents enjeux croisés étaient au cœur des processus : la qualité de l’eau, le risque inondation, le changement climatique. Il a été question de ralentir l’eau qui court, d’instituer des systèmes de communs et surtout de l’engagement de chacun pour faire vivre des lieux singuliers où l’eau n’est plus un risque ni un impensé de l’urbanisme, mais une ressource.

PROGRAMME DE LA RENCONTRE NATIONALE DE L’ATELIER DES TERRITOIRES
programme adt 20 octobre (format pdf - 368.4 ko - 07/12/2020)

CARNET DE RESTITUTION DE LA RENCONTRE NATIONALE DE L ATELIER DES TERRITOIRES
0 restitution ad1 lt (format pdf - 711.3 ko - 07/12/2020)

RETROUVEZ TOUS LES ENSEIGNEMENTS DES ATELIERS DANS LES 6 CARNETS DE SITE

AUBRAC / MARGERIDE
SOURCES ET RESSOURCES
Bassins amonts du Bès et de la Truyère
Territoire de l’Aubrac Margeride, département de la Lozère
bes truyere ad1 lt (format pdf - 1.6 Mo - 07/12/2020)

LA MOSELLE EN COMMUN
Bassin versant de la Moselle
Communauté d’agglomération d’Épinal, département des Vosges
epinal ad1 lt (format pdf - 1.8 Mo - 07/12/2020)

LA PRIMAUTE DU SOL
Bassin médian de l’Yonne
Territoire du « Grand Auxerrois », département de l’Yonne
ga ad1 lt (format pdf - 7.5 Mo - 07/12/2020)

TERRE-EAU D’EXCELLENCE FACE AU DÉFI CLIMATIQUE
Bassins versants du Mahury et de Cayenne
Communauté d’agglomération du Centre Littoral de Guyane
guyane ad1 lt (format pdf - 2.4 Mo - 07/12/2020)

DONNER DU TEMPS A L’EAU DE PLUIE
Bassins versants de l’Huveaune, du Jarret, de l’Arc et de la Cadière
Métropole d’Aix-Marseille-Provence, départements des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse
mamp ad1 lt (format pdf - 5.5 Mo - 07/12/2020)

MAD IN L’EAU REINE
Bassin versant du Rupt de Mad
Agglomération messine, départements de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle
rupt de mad ad1 lt (format pdf - 1.5 Mo - 07/12/2020)


MATINEE / TABLE RONDE 1
PEDAGOGIE ET MISE EN ACTION AUTOUR DE L’EAU : COMPRENDRE POUR AGIR DIFFEREMMENT

Animée par Sylvain Allemand, journaliste essayiste, la matinée s’ouvre avec une réflexion autour de différents outils, existants, redécouverts ou inventés, qui ont permis aux territoires d’Atelier d’approcher et de rapprocher l’eau et l’aménagement : formes pédagogiques de représentation, modes opératoires expliqués ou encore gouvernances ad hoc mises en place. Ces approches sont illustrées, croisées, réinterprétées ; elles rendent appréhendable le cycle contemporain de l’eau qui est de plus en plus impacté par l’action anthropique.
Ainsi la relation eau-sol (imperméable, alluvionnaire, poreux, fertile, étanche, pollué) est cartographié et investiguée. A partir de représentations très pédagogiques et de mises en récit du territoire, des acteurs locaux éloignés peuvent converger sur des coopérations renouvelées réconciliant l’eau, l’urbain et le rural. (voir Territoire de l’eau, Mathieu Delorme - Grand Auxerrois)
Arpenter le terrain, observer le déjà là, conduit presque naturellement à la remise en cause d’une vision binaire ville perméable / ville imperméable. Ainsi, pour aborder la ville résiliente il faut interroger surtout la dynamique de l’eau qui bouge. « L’eau ne nous attends pas pour cheminer  », mais plus on donne du temps au parcours de l’eau, plus on va rendre résilient le territoire grâce au ralentissement de l’eau qui permet en plus d’éviter des inondations à l’aval. Des aménagements qui s’appuient sur des savoir-faire et du patrimoine fonctionnel (bancaous, restanques, calades) permettent de sortir des logiques du tout tuyau et créent des usages nouveaux (voir projet d’Aubagne, Thierry Maytraud - Métropole Aix-Marseille-Provence)
Partager les rencontres diverses de l’eau avec le sol passe aussi par une activation des différents outils illustrés dans un contexte où les acteurs locaux ont pu s’émanciper d’une vision stigmatisante du risque pour tendre à une approche basée sur la cohabitation avec l’aléa et le risque. (Stéphanie Bidault)
La souplesse de l’Atelier, permettant de rentrer par le projet et la stratégie pour rencontrer la règle ensuite, rend aussi possible la genèse de formes d’engagement spécifiques : temporaires ou pérennes, ces instances aux périmètres poreux ont réuni (et réunissent aujourd’hui) techniciens, élus, habitants, usagers autour d’un projet de territoire co-élaboré et porté collectivement. (voir la démarche Mad in l’Eau Reine, Gilles Soulier, Julie Gourland - Rupt de Mad)

MATINÉE / TABLE RONDE 2
RIVIÈRES ET CRIQUES : NOUVEAUX USAGES, NOUVELLES FONCTIONNALITÉS

La deuxième séquence de la matinée met en valeur les sites d’Atelier où les stratégies dessinées ont réinterrogé les usages liés à l’eau à l’échelle de la géomorphologie des bassins versants, socle paysager structurant.
Deux sites en particulier ont été présentés : les bassins versants du Mahury et de Cayenne (Guyane) et le bassin versant de la Moselle (Grand Est, Épinal) où l’entité hydrographique - rivière ou crique - devient vecteur de développement et d’aménagement durable des territoires.
S’interroger sur la relation eau-territoire à cette échelle convoque nécessairement les enjeux croisés de transition (biodiversité, énergie, mobilité, lutte contre l’artificialisation, cadre de vie, patrimoine, santé, etc.).
Ainsi en Guyane l’expérience de l’Atelier a rendu possible les prémices de la transformation d’un territoire fragile, en s’appuyant sur une multifonctionnalité retrouvée du réseau des criques. La stratégie proposée s’appuie sur la mise en valeur de ce réseau hydraulique qui irrigue tout le territoire créant de nouveaux rapports entre l’habiter et le risque, une circularité alimentaire (nouveaux espaces de production et de distribution), des formes de production d’énergie et de circulation. Cette approche systémique s’est appuyée sur une sensibilisation des populations (méthode des tables longues) sur la valeur de la ressource au quotidien en termes d’accessibilité, salubrité, mobilité, baignade, mais aussi avec le but de retransmettre un patrimoine hydraulique, objet contemporain d’équipement et développement (voir la Crique Fouillée, territoire démonstrateur, Muriel Joer Le Corre, Franck Hulliard - Guyane)
Dans le Grand Est, par la restauration du fonctionnement naturel de la Moselle et ses affluents, la stratégie propose de valoriser les atouts du territoire de l’agglomération d’Épinal.
Redonner un cours mouvant à la Moselle, ou comment accepter que la rivière ne reste pas à sa place ? Par cette question d’entrée le territoire travaille sur des nouvelles réponses pour une reconnexion solidaire de deux communes séparées, la renaturation des sites de gravières, les mobilités fluviales et cyclables. La Moselle libérée devient épine dorsale d’imaginaires communs réalisables sur un large réseau d’eau et de terres. (voir les scénarios d’avenir de 3 sites démonstrateurs, La Moselle en commun, Clément Bollinger, Michel Heinrich - Épinal)
Au fil des différentes expériences d’Atelier, on rencontre des récurrences. L’eau, entrée première, est souvent au centre de conflits entre territoires ou représente un élément de risque majeur, peu maîtrisable. Renverser le regard, permet de construire des solutions concrètes basées sur des objectifs durables d’avenir.
L’eau, fluide et transversale, questionne les cultures professionnelles. Elle devient vecteur de projet de changement et de dépassement de conflits (SAGE - Rupt de Mad). A l’échelle d’un quartier d’habitat social, le réaménagement et la renaturation de la Moselle va créer un nouvel environnement de proximité pour les habitants (QPV Épinal). (contrat avec l’agence de l’eau Rhin-Meuse, Marc Hoeltzel - Épinal)

APRÈS-MIDI
LES 3 ATELIERS « AU FIL DE L’EAU »

L’après-midi est consacré à un moment participatif dont le but est d’ouvrir un dialogue sur les expériences d’Atelier et les débats vécus in vivo durant le matin pour en tirer quelques enseignements et perspectives.
En s’appuyant sur le retour d’expérience transmis au fil de la matinée les participants co-construisent un ensemble de révélations collectives tout en faisant appel aux connaissances et imaginaires personnels.

Sous forme d’ateliers tournants, trois « rings » ou « îlots » accueillent les participants pour trois « rounds » de 30 minutes.
Pascal Amphoux, Judith Ferrando et Gilles Vrain invitent les participants à extrapoler et s’interroger à partir de trois entrées :

• Les méthodes employées
• Les impacts en termes d’implication des acteurs
• Les questions et émergences en suspens

Par étapes successives, les participants viennent enrichir la discussion et s’enrichissent de discussions qu’ont précédé.

L’issue des trois rounds laisse en héritage des mots, des notions, des slogans illustrés, des enchaînements d’idées sous forme de draps.
Sont là, de manière sans doute non exhaustive mais critique, les principes clés ou les ingrédients de réussite de la méthode Atelier lorsqu’elle se met au service d’une réconciliation entre eau et aménagement.